PAUL ET VIRGINIE

Paul et Virginie, célèbre roman de Bernardin de Saint-Pierre publié en 1788,  raconte  l’histoire  d’un amour impossible dans la lointaine colonie d’île de France. Le roman trouvera d’emblé  l’enthousiasme d’un public en quête d’exotisme. À l’heure où la France perd petit à petit les possessions de sa première grande expérience coloniale, l‘œuvre de Bernardin de Saint-Pierre ravive en effet l’idée d’un mode de vie colonial idyllique où peuvent se cristalliser toutes les rêveries.

 

Alors que les techniques de l’estampe se développent pour un moindre coût avec notamment la lithographie dès le début du XIXe siècle, ce succès grandissant engendre une multitude de productions graphiques  jusqu’au XXe siècle.

Depuis le livre imprimé richement illustré, très prisé au XIXe siècle et dont le succès de l’édition Curmer peut témoigner,  jusqu’aux romans feuilletons publiés dans la presse du XIXe et XXe siècle, en passant par les estampes autonomes, les images populaires ( cartes de réclame, billets de satisfaction, cartes postales…) ou encore la production des arts décoratifs (tapisseries, étoffes, mobilier ou objets divers…), le thème de Paul et Virginie se décline à l’envie durant plus de deux siècles, faisant ainsi renaître le roman avec une sensibilité qui se renouvelle au gré des époques.

 

Le musée historique de Villèle réunit sur ce thème la plus importante collection de l’océan Indien. Couplée à celle du Musée Léon Dierx, La Réunion peut prétendre à la troisième collection publique française de référence sur Paul et Virginie après celles de la Bibliothèque nationale de France et du musée du Quai Branly.

Voir la collection

Inv. 1993.5
Livre ; Paul et Virginie et La chaumière indienne
Bernardin de Saint-Pierre
Edition de 1838, Curmer, Paris
In 8°, relié en maroquin rouge

 

Cet ouvrage est bien connu des bibliophiles qui le considèrent à juste titre comme un des fleurons du livre romantique, tant par la qualité que par la richesse des illustrations : Paul Toinet dans son Répertoire bibliographique et iconographique cite environ 450 vignettes gravées sur bois dans le texte, 29 grands sujets gravés sur bois, 7 portraits gravés sur acier, 1 carte gravée et coloriée.


Après sa parution en 1838, l'édition va servir de référence à de nombreux illustrateurs qui, quelquefois, n'hésiteront pas à recopier intégralement certains dessins. Les vignettes ornant la série d'assiettes en faïence fine des ateliers de Creil-Montereau en sont une parfaite illustration (Inv. 1990.28.1 à 12). Certaines d'entre elles reproduisent trait pour trait les gravures de l'édition Curmer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès la fin du XVIIIe siècle, l'histoire de Paul et Virginie a donné lieu à la création d'un opéra, oeuvre d'Edmond et Favières pour le livret et de Rodolphe Kreutzer pour la musique. Le lundi 17 janvier 1791, alors qu'il effectuait son voyage parisien, Henri Paulin Panon-Desbassayns écrivait dans son journal : "Melle de la Gironde m'a mené à la Comédie italienne dans la loge de Mme Pantouin. On donnait Paul et Virginie qui ont été applaudis à outrance. Paul et Virginie ont été bien rendus". (Henry Paulin Panon Desbassayns, Voyage à Paris pendant la Révolution : 1790-1792 : journal inédit d'un habitant de l'île Bourbon, Paris, 1985, p. 111) 

 

 

Inv. 1993.20
Mlle Alexandrine Saint Aubin dans le rôle de Virginie,
dans Paul et Virginie : opéra, th. de l'Opéra comique - Acte I scène II
1810, édition Martinet, Paris
Eau-forte réhausée
H 22,9 cm x L 14,8 cm

 

 

 

 

 

 

 

L'histoire de Paul et Virginie est devenue un thème fréquent dans l'imagerie populaire qui se développe au XIXe siècle. Le terme d'imagerie désigne toute une production d'estampes, le plus souvent rehaussées de couleurs vives. Leur faible prix de vente a permis une large diffusion assurée pour une bonne part par l'intermédiaire de marchands ambulants ou colporteurs.


Ici, l'histoire de Paul et Virginie s'organise en seize vignettes colorées, dessinées et gravées avec maladresse. Celles-ci sont complétées de légendes résumant sommairement le roman.


La fabrique Pellerin d'Epinal est un des grands centres de production industrielle de l'imagerie populaire du XIXe siècle. Les ouvriers se comptent par dizaines et les modèles sont créés par des artistes ayant fait à Paris des études artistiques dans la tradition académique, tel que Charles Pinot, le dessinateur de Pellerin après 1850.

 

 

 

Inv. 1993.23
Histoire de Paul et Virginie
Xylographie rehausée, XIXe siècle
Fabrique de Pellerin, Imprimeur - Libraire à Epinal
H. 4,10 cm x L. 3,14 cm

 

 

 

 

Ce qui définit avant tout cette lithographie, c'est son remarquable effet dramatique, effet d'autant plus renforcé qu'une végétation confuse et très imprécise se développe en arrière plan comme un véritable décor de théâtre.

Apprenant le départ prochain de Virginie, Paul est plongé dans la consternation et le désarroi. Le thème est précis. L'artiste traduit cette détresse, organisant la scène en une composition pyramidale dont le point d'aboutissement est le héros infortuné : "Je pars avec elle, rien ne pourra m'en séparer". Le triangle constitué par les personnages centraux est un peu raide. Ainsi, à gauche, le pli forcé de la robe de Marguerite est quelque peu maladroit.

 

 

 

 

Inv. 1994.4.3
Séparation de Paul et Virginie
Lithographie rehausée
Edition L. Turgis le Jeune, 1878, Paris
H. 43,5 cm x L. 57,5 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

Le XIXe siècle voit se développer une nouvelle variété de céramiques appelées faïences fines, dont la technique trouve son origine en Angleterre (Staffordshire) durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Contrairement à la porcelaine ou à la faïence stannifère, de conception plus traditionnelle, destinées à une clientèle argentée, ce nouveau produit est réalisé de façon industrielle, pour un prix modique de fabrication et de vente. La faïence fine va ainsi permettre une réelle démocratisation des arts de la table.


Autre nouveauté, la richesse des décors qui viennent fleurir les objets manufacturés, décors obtenus par transfert de motifs préalablement imprimés (principe de la décalcomanie). Aussi, avec le développement des ouvrages illustrés, on retrouve fréquemment les mêmes sources d'inspiration, voire les mêmes modèles iconographiques.
Les séries d'assiettes acquises pour le musée historique (dont un service complet de 12 unités) illustrent parfaitement cet engouement pour le roman de Bernardin de Saint-Pierre. Elles témoignent d'une façon évidente de l'analogie des décors imprimés sur les assiettes en faïence fine et des vignettes rencontrées à l'intérieur des livres.

 

 

Inv. 1991.15.1 à 4
Ensemble de quatre assiettes au décor "Paul et Virginie"
Faïence fine, XIXe siècle
Fabrique de Choisy-le-Roi
D. entre 21,4 et 21,6 cm