LA SOCIÉTÉ DE PLANTATION

 

Au début du XIXe siècle, un enchainement de circonstances politiques et économiques modifie l'équilibre de La Réunion jusque-là  basé sur la culture du café, du girofle et du coton.


La perte de Saint-Domingue en 1804, grand fournisseur en sucre de la métropole, va en effet permettre à La Réunion d’entrer dans l’ère sucrière tout en confortant son choix d’une économie de plantation tournée vers l’exportation. Les cyclones ravageurs de 1806 et 1807 vont inciter les planteurs à développer cette nouvelle culture qui va petit à petit prendre le pas sur celle des épices et des cultures vivrières également affaiblies par la perte de l’île de France (1810), principal acheteur des produits agricoles de La Réunion.  


L’île, qui doit trouver sa place dans la nouvelle économie libérale fortement concurrentielle de l’Europe de l’ouest, va alors accélérer son industrialisation avec l’importation de machines et de moteurs. Les fils de Madame Desbassayns, Charles et Joseph, compteront parmi les principaux instigateurs de ce changement1.


Charles Desbassayns, instruit par Vauquelin aux arts de la chimie, s'attachera à l'amélioration des techniques industrielles. En 1815 il installe au Chaudron à Saint-Denis la quatrième sucrerie de l'île, souvent considérée par les commentateurs de son époque comme la première véritable sucrerie industrielle.  Elle est équipée par son frère en 1817 d’un moulin mû par une machine à vapeur, la première de l’île. Beaucoup d’autres usines se construiront d'après ses conseils et sous sa direction. Quant à Joseph Desbassayns, il s'appliquera à mettre au point un système d'agriculture rationnelle qui servira de modèle pour toutes les grandes habitations2. Ses efforts pour améliorer la culture de la canne à sucre lui vaudront d'être fait baron par Charles X, tandis que Charles Desbassayns deviendra Président du Conseil général et de la Chambre d’agriculture. 

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À la fin du XVIIIe siècle et jusqu'en 1846, l'habitation Desbassayns, plantation située à l'ouest de l'île, sur la commune de Saint-Paul, fut l'une des plus grandes propriétés coloniales de l'île, administrée durant plus de quarante ans par une figure incontournable de l'histoire réunionnaise, Marie Anne Thérèse Ombline Panon-Desbassayns (1755-1846). En 1845, 295 esclaves, commandeurs, domestiques, " Noirs de pioches " et " à talent " étaient attachés à la propriété dont la prospérité reposait sur la culture de la canne à sucre. Sur cette lithographie, on distingue d'ailleurs la cheminée fumante de la sucrerie. Antoine Roussin a lithographié à deux reprises cette habitation : ici, la version de 1847 présente deux esclaves au centre de l'image, personnages qui feront place à une charmante dame portant ombrelle et crinoline dans une version plus tardive, éditée en 1883.

Inv. 1998.8.7.1
Souvenir de l'île Bourbon N° 36 / Habitation Desbassayns (St-Gilles)
Gravé par Dureau d'après un dessin de Louis Antoine Roussin
Lithographie, 1847
H. 23,6 cm x L. 33,4 cm

 

 

 

 

 

Cet ensemble de plaques de verre provient du fonds familial. Les images nous donnent à voir des moments importants de la vie des anciens propriétaires dans les années 1930, notamment le jour de la célébration de la fête de la Saint-Michel, le 29 septembre. A cette occasion, l’évêque de La Réunion, Monseigneur de Beaumont, était invité et un grand repas était organisé dans une « salle verte », construction éphémère.

 

Ces photographies anciennes nous renseignent également sur l’état de conservation de la maison principale dont les façades témoignent d’altérations importantes des enduits de surface. C’est aussi grâce à ces documents que l’on a une idée plus précise de l’organisation des jardins de la propriété, en particulier du des diverses plantations de fleurs autour du bassin, mélange caractéristique des jardins créoles.

Inv. 2002.2.1 à 15
Ensemble de 15 plaques de verre photographiques
Photographe Anonyme, 1ere moitié 20e siècle.

 

 

 

 

 

Entre les années 1751 et 1772 paraît l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d'Alembert, comportant 17 volumes de textes dont 11 volumes de planches. À travers cette oeuvre capitale, les auteurs veulent codifier le progrès du savoir et du génie humain, ainsi que donner une explication du monde sous l'angle de la rationalité et d'une recherche qui se veut résolument scientifique.


À l'occasion de son premier voyage en France entre 1784 et 1786, Monsieur Panon Desbassayns envoie à l'île Bourbon trente neuf volumes de l'Encyclopédie (édition de Genève) qu'il avait acquis pour la somme de 240 livres.


Diderot fait des émules et à peine l'Encyclopédie achevée, des encyclopédistes vont se succéder publiant sans cesse de nouvelles découvertes. C'est ainsi qu'entre 1782 et 1832, l'Encyclopédie méthodique est publiée chez Panckoucke. L'engouement pour le sucre et le développement proportionnel des usines pour le produire, expliquent, en partie, la raison pour laquelle ces huit planches de l'encyclopédie sont consacrées à l'analyse de la technologie sucrière. Pour théoriques qu'elles soient, les gravures nous donnent toutefois un aperçu de ce que pouvaient être la configuration architecturale et l'organisation des premières raffineries édifiées sur l'île. Construite plus tardivement, l'usine à sucre établie à Saint-Gilles-les-Hauts, à partir de 1825-1827, fut équipée d'une machine à vapeur grâce à la collaboration de l'ingénieur Wetzel.

 

Inv. 1992.24.1 a 8
8 planches de l'Encyclopédie méthodique
Taille douce
Edition Panckoucke, 1785
Sous la direction de Benard Robert

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1. Barquissau, Foucque, Jacob de Cordemoy, L'île de la Réunion, seconde ed. Librairie Larose, 1925, p. 163.

2. Auguste Billiard, Voyage aux colonies orientales : lettres écrites à M. le Comte de Montalivet, ancien Ministre de l'Intérieur pendant
les années 1817 à 1820
, ARS Terres créoles, la Réunion, 1990, pp. 100-101.